HAMID MAGHRAOUI
20 septembre 2008
Ecole d'Art de Clermont-Communauté
"Hamid Magrahoui, comme bon nombre d'artistes de sa génération, a recours a des formes déjà produites pour construire son oeuvre et l'inscrire dans le réseau des signes et des significations de la société contemporaine.
Son travail s'infiltre au coeur de l'univers familier des médias. En manipulant les données des journaux télévisés, l'artiste questionne les conditionnements visuels inhérents à la consommation de masse. Si l'art cherche un lien avec le monde réel, la stratégie consiste chez lui à résister à l'implosion du sens dans les médias en annihilant le bavardage idéologique qui les sous-tend. De manière méthodique, Hamid Magrahoui enregistre les JT de Claire CHAZAL ou PPDA pour ne garder au final que les inspirations, les prises d'air nécessaires aux présentateurs de l'émission et des reportages. L'information disparaît du montage qui se focalise exclusivement sur une ou des figures, haletantes. Les corps cathodiques deviennent les objets d'une instrumentalisation hors des normes et des modèles d'attitudes en vigueur lors de cet exercice et se montrent dès lors inadéquats aux identifications habituelles.
La mécanique répétitive et séduisante va dans le sens du corps, violemment réduit à une seule fonction, version actuelle des Temps modernes de CHAPLIN. La série des vidéos intitulées Offset, pousse encore ,plus loin cette logique de l'aliénation des corps. Des présentateurs ou présentatrices de journaux de différentes chaînes de télévision se succèdent, et apparaissent uniquement à travers leurs inspirations en de courtes séquences montées en boucle. Les montages au rythme syncopé et très soutenu compressent le temps à l'extrême et renvoie comme le titre le suggère au procédé d'impression. Si les formes de projection et de représentation correspondent à nos modes d'être au monde et que l'image permet un transfert de l'autre à soi, il est clair que ce travail pointe un moment critique. Forme vide par excellence, la télévision répète de manière hypnotique des situations en grande part fantasmées, mais ,dans la version qu'en donne Hamid Magrahoui, elle appelle moins le regard que le corps, en l'occurrence stressé et dans l'impossibilité de toute extériorité, finalement mutique.[...]
extrait d'un texte de Céline Mélissent / Critique d'art et commissaire d'exposition